Guerre 39-45

Chaïm Perelman avait acquis la nationalité belge en 1936. Il fut mobilisé lors des alertes de 1938 et 1939 et, au moment de l'invasion de la Belgique, il prit part comme soldat à la campagne des dix-huit jours. Le 28 octobre 1940, une ordonnance de l'occupant allemand visa les professions et carrières publiques désormais interdites aux Juifs: fonctionnaires, avocats, enseignants, journalistes... Interdit d'enseignement, Perelman suspendit son activité à l'Université - car on ne peut, à proprement parler, dire qu'il s'agit d'une démission. D'autres professeurs de l'Université libre de Bruxelles furent victimes, comme lui, des ordonnances allemandes, que ce fût comme Juifs ou comme ennemis de l'Allemagne. Un certain nombre d'entre eux se réuniront tout au long de la guerre, dans ce qui fut nommé le Salon des refusés. Perelman s'y lia avec Oscar Weill, qui jouera plus tard un rôle éminent aux Amis belges de l'Université hébraïque de Jérusalem, Jean Lameere, lequel mit sa maison à la disposition des Perelman, tandis que son épouse Nelly renforçait le Comité des Marraines créé par Fela Perelman pour le placement des enfants juifs, et Henri Janne surtout. Les échanges avec Henri Janne furent fructueux et de ces réflexions communes naîtront deux ouvrages au lendemain de la Libération: L'Antialcibiade ou la Révolution des Faits pour l'un; De la Justice (Bruxelles, 1945) pour l'autre.

En novembre 1941, l'occupant créa l'Association des Juifs en Belgique (AJB). Divers responsables communautaires y furent nommés d'office, dont le grand-rabbin Salomon Ullmann. C'est ce dernier qui proposa à Perelman, en janvier 1942, d'intégrer le comité bruxellois de l'AJB. Prudent, il s'en tint à un rôle d'expert auprès des directeurs de l'institution : il s'occupa, au titre de conseiller technique, de la question de l'enseignement. Et il ne fit véritablement partie de l'AJB comme responsable à part entière qu'en novembre 1942, à l'instigation de la Résistance juive: il sera effectivement nommé membre de l'AJB le 2 décembre, proposé comme responsable de la section enseignement. Perelman prit en réalité à l'AJB la succession d'Eugène Hellendael, arrêté le 24 septembre. Il y fut chargé des mêmes responsabilités que dans l'activité clandestine, c'est-à-dire de l'aide aux adultes et du service social ; il prendra en fait la direction de ce service après l'arrestation de Maurice Heiber, qui survint en mai 1943. Hertz Jospa, qui avait eu en charge la section juive de la Main-d’œuvre immigrée du Parti communiste avant la guerre, était convaincu qu'il était nécessaire de créer des formes de défense propres aux Juifs, en raison de la persécution particulière qui les frappait. Ce n'est qu'en juin 1942 que Jospa obtint le feu vert du Front de l'Indépendance pour constituer une organisation de défense spécifique aux Juifs. La réunion constitutive du Comité de Défense des Juifs (CDJ) se déroula au domicile de Perelman, rue de la Pêcherie, à Uccle. L'initiative de la création du CDJ ne lui revient cependant pas, mais il en fut, sinon l'artisan, du moins l'âme et la cheville ouvrière avec Jospa, depuis l'été 1942 jusqu'à la Libération et même au-delà, lorsque le CDJ se mua en Aide aux Israélites Victimes de la Guerre (AIVG). Avec la Libération du territoire, Chaïm Perelman se consacra entièrement à l'œuvre de l'AIVG, jusqu'à la reprise des cours à l'Université, en janvier 1945 ; il rendra encore hommage à ceux qui avaient assisté les Juifs durant la guerre dans le périodique dont il assuma la rédaction, Ofipresse, mais démissionna de l'AIVG en novembre 1945. 

Source : Schreiber Jean-Philippe, « Perelman, Chaïm (baron) », ds. : Dictionnaire biographique des juifs de Belgique : Figures du judaïsme belge XIXe – XXe siècle, Bruxelles, De Boeck et Larcier s.a., 2002, p. 272-273.

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